La question est, bien sûr, sans réponse... Si nous sommes en train d'entrer dans un "nouveau règne", il faut nous y préparer et nous y adapter si nous voulons, avec Dieu, gagner la "partie". Certes, les textes d'Apocalypse sont symboliques et ne peuvent aucunement nous donner une vision de la réalité de l'à-venir. Mais l'apothéose qu'ils nous annoncent mérite que nous continuions le chemin dans l'Espérance.
Ainsi la métaphore dune "relativité" de lEspace et du Temps des hommes invite-t-elle, par re-lecture de lÉvolution, à déceler la contraction du temporel corrélative à lextension du spatial, la prépondérance grandissante du "relationnel" sur le "traditionnel".
Limage de la spirale symbolique dans
laquelle le Monde est entraîné met laccent sur lincontestable accélération
de cette transformation, initiée depuis des millénaires par la rupture originelle qui a
ouvert la voie à "un nouveau règne, celui de la culture, des idées, de la
connaissance"
.
Transformation amplifiée aujourdhui par des bouleversements technologiques sans précédent et comme noyée dans un flot torrentiel dimages, de sons, de messages de toutes formes. Et dans tout ce "bruit", les hommes commencent à peine à percevoir à quel point le Monde devient de plus en plus complexe, porteur des germes dun nouvel "ordre des choses" marqué à la fois du sceau de lincertain, du discontinu, de léphémère et de cette "étonnante persévérance" poursuivie depuis les origines.
Adopter cette vision du Monde et de son Évolution, reconnaître dans les mutations contemporaines lémergence dun nouveau "règne" - ou, du moins, de ses prémisses - ne va pas sans admettre en même temps quil suivra alors ses lois propres, nouvelles, sans doute irréductibles aux lois antérieures... Tout en étant bien incapables de les formuler à lavance, il reste possible de dy préparer : lapprentissage des nouveaux langages devient aussi nécessaire à la liberté individuelle quà lordre des sociétés à venir. Chacun peut y concourir, ne serait-ce quen commençant par sy soumettre. Cest la multiplication des actions locales et ponctuelles qui suscitera les nécessaires évolutions dordre politique et permettra datténuer une "cassure sociale", peut être plus dévastatrice encore que celle déjà dramatique résultant des disparités économiques.
Ne nous leurrons pas cependant ; aussi indispensable quelle soit, cette éducation neffacera pas les interrogations nouvelles, les questions dérangeantes, voire provocantes., que soulève lévolution du monde.... mais peut-être aidera-t-elle à y répondre...
Dans un Monde confronté de manière quotidienne et immédiate au "défi de lincertitude", que peuvent proposer des systèmes de pensée qui procèdent encore pour lessentiel par affirmations de certitudes ?
Dans un Monde qui ne peut plus être décrit ni compris en des modèles stables et continus, que peuvent dire des morales, des règles de vie élaborées en leur temps et en leur lieu au bénéfice de la stabilité sociale et de la continuité ?
Pour un Monde qui, doté de prothèses prolongeant et amplifiant le champ du Conscient, accède à un nouvel "Age de lhumanité" de plus en plus dégagé des contraintes et des limites du Vivant, quel sens donner à une éthique fondée sur le respect dun ordre "naturel"?
Beaucoup de nos attitudes restent, au fond, marquées de lespoir dun possible retour à un paradis originel, mythiquement idéalisé, mais sont-elles encore tenables ? Quelle quen soit notre nostalgie, le Jardin dEden nous est définitivement fermé. Nous y serions "nus"... déjà trop policés pour y survivre.
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La-t-on suffisamment remarqué ? La Jérusalem
Céleste dévoilée par Jean
est à limage dune ville, toute de métal et de
pierre. Dans la Cité Céleste, seul lArbre de Vie rappelle par sa luxuriance
les proliférations de vie dont nous sommes issus. La vision symbolique de
lAccomplissement dernier est celle dun monde proprement artificiel, technique,
où la Nature na guère de place... et qui survient comme le parachèvement,
lapothéose du rassemblement dune "foule immense, que nul ne pouvait
dénombrer, de toutes nations, tribus, peuples et langues"
.
Dans linstant, nos sociétés nen sont encore que de bien maladroits brouillons, pleins de taches et de ratures. Il leur suffit dun grain dauto-suffisance pour retomber dans une chaotique confusion. Les risques de dérapage augmentent au fur et à mesure que le virage se resserre. De là les inquiétudes contemporaines. Linertie conservatrice, latente ou explicite, incite alors à "prendre la tangente", à préférer les sécurités de la vitesse acquise à lattraction tourbillonnaire dun centre incertain. Mais livrés ainsi à nos seuls acquis, où irions-nous ?
Pour le présent, cest une cité cosmopolite, polyglotte, à la fois "éclatée" et étendue à toute la Noosphère quil faut apprivoiser, où il faut localement et ponctuellement apprendre à balbutier les éléments dune possible communication, antidote des Babels dont la confusion nous guette sans cesse, faire à la fois linvention et lapprentissage des langages susceptibles de lui donner quelque cohérence...
Y parviendrons-nous ? sans doute pas sans nous confronter à de nouvelles crises, sans subir des retours en arrière, sans passer par la ruine de structures séduisantes parce que rassurantes. Ici ou là, maintenant ou plus tard, nous serons saisis de vertige devant le tourbillon qui nous emporte, comme le héros de "2001, Odyssée de lEspace", dans un maelström dimages étranges, à la fois merveilleuses et angoissantes, dont nous ne voyons pas la fin.
Comme un "trou noir", le centre de convergence sur lequel nous nous enroulons, point daboutissement de lUnivers et de nous-mêmes, nous attire irrésistiblement sans rien révéler de ce quil recèle... Nous nous en approchons de plus en plus vite et pourtant nous ne savons "...ni le jour, ni lheure..." Trou noir ? et de lautre côté ? Trou de "Lumière"!...
FIN